Mercredi 13 janvier 2010 3 13 /01 /Jan /2010 12:40
Même s'il ne nous est parvenu que tardivement, le témoignage de Mickaël (1), le troisième supporter nantais présent à Canet-en-Roussillon est tout de même intéressant. Il nous éclaire sur les circonstances et le contexte des agressions dont ont été victimes ses deux amis ce soir-là et nous permet de prendre un peu de recul sur les faits. Nous sommes en ce moment en train de recouper les versions de témoins ayant assisté au match et à ces agressions. Si c'est votre cas ou si vous connaissez quelqu'un qui était présent, contactez-nous au plus vite via l'adresse mail du blog (rendeznouslefcn@hotmail.fr) !

Peux-tu te présenter ? As-tu pour habitude de suivre le FC Nantes dans chacun de ses matchs ?

Je m'appelle Mickaël, j'ai 28 ans et j'habite à Nantes. Je suis supporter du FC Nantes depuis que je suis gamin et j'ai pris l'habitude de me déplacer partout où le club joue depuis plusieurs années, y compris pour les matches amicaux.
 
Quelles étaient vos intentions en arrivant à ce match ? Comptiez-vous provoquer Waldemar Kita ?

Déjà, il faut savoir que nous nous sommes décidés au dernier moment puisqu'à la base nous devions être quatre. Comme j'avais pris ma journée au travail, nous sommes partis malgré tout avec ma voiture dans la nuit de jeudi à vendredi. En ce qui me concerne, et je pense que c'est pareil pour mes amis, j'apprécie ces matchs qui ont lieu dans des stades champêtres car c'est toujours convivial. Il y a une proximité avec les joueurs et le staff que le football business ne permet plus. C'est aussi l'occasion de découvrir des coins où je n'aurai pas été autrement. Bref, c'est comme ça qu'on vit notre passion pour le FC Nantes. L'objectif, à la base, n'était certainement pas d'y aller pour dire notre manière de penser à Waldemar Kita... pour la simple et bonne raison qu'on ne savait même pas qu'il serait là-bas ! Et nous n'avons d'ailleurs remarqué sa présence qu'au début du match.
 
Pourquoi avoir cherché à l'interpeller verbalement en première mi-temps ?

C'est simple. C'est parti de moi. On s'était placé derrière le banc nantais, et j'ai tout simplement halluciné de le voir s'assoir sur le banc de touche dès le début du match. Je lui ai donc crié que la place d'un président n'était pas sur le banc. Là, il s'est levé d'un coup et nous a regardé en nous disant : "On règlera ça à la fin !". Sur le coup, j'ai pensé qu'on allait sans doute avoir une discussion animée après le match. Comme le son portait bien dans ce stade quasi vide, on avait une bonne occasion pour une fois de faire passer nos slogans. Lors des matchs officiels c'est impossible car les banderoles, par exemple, sont censurées par la sécurité nantaise.
 
Justement, tout et son contraire a été dit sur les slogans adressés à Waldemar Kita vendredi soir. Quels étaient-ils réellement ?

Il y en a eu quelques uns, mais je ne me souviens pas de tous non plus. Le but c'était d'essayer de chambrer, d'appuyer là où ça fait mal en surfant sur l'actualité et avec un peu d'humour. Il y a eu des slogans caustiques du genre : "Un président ça n'a rien à faire sur le banc !", "Le seul défaut de Furlan c'est d'avoir été choisi par Kita !", "On a prévenu l'Arka Gdynia et même là-bas ils veulent pas de toi !" (2), "C'est pas Lejeune qu'on veut mais les jeunes !", "Halte à la censure à la Beaujoire !", "Ça te fout pas les nerfs que les U19 ils réussissent, eux ?" mais aussi des chants de soutien aux formateurs virés la saison passée comme Laurent Guyot et Stéphane Moreau. Il s'est levé et s'est retourné à plusieurs reprises, sans forcément nous parler à chaque fois, mais il semblait de plus en plus énervé et menaçant. Bref, ça nous a occupé à plusieurs reprises pendant la première mi-temps mais on n'a pas fait que ça non plus. On a surtout regardé le match, j'ai passé des coups de fil et on a aussi discuté avec des spectateurs du coin.
 
C'est tout ? Waldemar Kita affirme avoir été insulté, notamment des insultes racistes...

A vrai dire ça ne m'étonne pas car on a le droit à ça depuis qu'il est arrivé. A chaque fois, alors qu'il est attaqué uniquement sur son bilan et son projet, ou plutôt son absence de projet, il nous fait le coup des insultes racistes. Alors que personne n'en a jamais entendues, à la Beaujoire ou à l'extérieur ! Apparemment, c'était déjà sa technique pour se victimiser à Lausanne et plus personne n'y croit. Je peux jurer qu'il n'y a eu aucune insulte, et encore moins raciste. C'est tout simplement impossible. Vu mes engagements en dehors du football, je n'aurai jamais laissé passer ça. C'est loin, même très loin, de mes idées et de celles de mes amis, et ça n'aurait fait que discréditer les messages qu'on cherchait à faire passer. Aucun intérêt, donc.
 
Quel rapport as-tu eu avec les évènements survenus durant la mi-temps ?

A mon grand regret, aucun. Je suis resté au même endroit dans la tribune pendant toute la mi-temps. Je n'ai donc pas assisté aux agressions de Yvan et de Manu lorsqu'ils sont descendus de la tribune. Tout ce que je peux dire, c'est que Franck Kita et Gilles Favard n'étaient plus en tribune lorsque Yvan s'est absenté. Je connais Yvan et quand je l'ai vu revenir, j'ai tout de suite vu qu'il s'était passé quelque chose de grave. Je l'ai cru immédiatement quand il a raconté ce qui venait d'arriver mais je suis resté à lui demander des détails alors que Manu partait essayer d'en savoir plus. J'ai tout de même demandé à deux personnes qui discutaient avec nous de le suivre pour s'assurer qu'il ne lui arrive rien. Quand il est revenu, il était furieux et les deux jeunes qui l'accompagnaient étaient outrés. Ces derniers m'ont dit qu'un tel comportement était indigne de dirigeants d'un club professionnel. C'est alors que deux bénévoles de Canet sont arrivés là où nous étions pour nous demander de partir du stade. Je leur ai demandé pourquoi. Quand ils m'ont répondu que c'était parce qu'on avait insulté "le président", je me suis énervé et je les ai mis au défi de me citer une seule insulte. Bien évidemment, ils en ont été incapables. Ils étaient quand même sous pression et se faisaient de plus en plus insistants. Ils ont alors commencé à nous menacer en disant qu'ils allaient faire appel aux jeunes de leur club pour nous virer du stade. C'est à ce moment-là que j'ai décidé d'appeler le 17 car entre les deux agressions et les menaces, je commençais vraiment à craindre pour notre sécurité. Le gendarme que j'ai eu au téléphone m'a dit qu'ils ne pouvaient pas se déplacer. Il a consigné l'appel et nous conseillé de partir du stade à la fin du match, en même temps que le reste des spectateurs afin de ne pas rester isolés. Cet appel a semble-t-il calmé les dirigeants de Canet qui sont repartis sur le bord du terrain.
 
Tu n'as donc pas été pris à partie par les dirigeants... Que penses-tu des déclarations contradictoires formulées par Waldemar Kita et les supporters agressés ?

Non, je n'ai pas été agressé, mais je ne me suis pas non plus senti en sécurité après. Je fais bien sûr une totale confiance à Yvan et à Manu... et je crois en leurs récits. D'une part, car l'agression de Manu m'a été racontée par les deux jeunes de Perpignan avec qui nous avons discuté. Et d'autre part, car après le match on a pu discuté rapidement avec un témoin de la première scène qui, même s'il ne comprenait pas notre acharnement en première mi-temps, a confirmé les détails de l'agression d'Yvan. Les joueurs nantais avec qui nous avons discuté en partant du stade nous ont également dit qu'ils avaient entendu parler de ça et nous ont souhaité bon courage. En plus, on a été informé de cette histoire de couverture sur la tête par un témoin extérieur, avant que Yvan ne nous en parle. Quant aux insultes, une fois de plus je suis catégorique : il n'y en a pas eu. Après, il a également dit que nous étions complètement saouls... n'importe quoi ! Nous trois, on s'est relayé, de nuit, pour conduire de Nantes à Canet dans des conditions météo horribles, et la même au retour puisqu'on devait être rentrés à Nantes le samedi matin. Alors, on aurait certainement pas pris le risque de se tuer en roulant avec de l'alcool dans le sang pendant presque 1800 kilomètres aller-retour sous la neige. Et quand bien même, je vous rappelle qu'on a été à la gendarmerie de Canet puis au commissariat de Perpignan... je doute qu'ils nous auraient laissés nous en tirer comme ça si on était si ostensiblement bourrés !
 
À ton avis, quel crédit va être accordé à vos propos ? À ceux de Waldemar Kita ?

Tout dépend par qui. Chez les journalistes, je sais pertinemment que les propos de simples supporters n'auront que peu de crédit... Par contre, je pense qu'une partie des supporters nantais, qui commencent à connaitre Waldemar Kita, même s'ils auront du mal à nous croire puisqu'on n'a malheureusement pas beaucoup de preuves, ne sera pas forcément étonnée de telles méthodes. Le problème selon moi, c'est surtout que personne à Canet ne va vouloir se mouiller et raconter la vérité. Les bénévoles du club nous l'ont dit, les dirigeants leur ont fait miroiter la possibilité de faire le stage de préparation estival chez eux... Donc bon... Ils mettaient les petits plats dans les grands... un des bénévoles de Canet qui était venu nous menacer à la mi-temps et qui prenait les photos depuis le début du match, nous a même tiré le portrait plusieurs fois en deuxième mi-temps, à la demande de Waldemar Kita...
 
Le comportement que tu nous décris était-il, selon toi, prévisible ? Est-ce qu'il y a déjà eu des antécédents ?

Sérieusement, pas un moment ce soir-là j'ai pensé que ça aurait pu arriver. C'est même pour cela que j'ai laissé partir Manu car je me suis dit "Une fois mais pas deux". C'est carrément impossible de prévoir ça. Même si on a été assez virulent, jamais on ne s'en est pris à l'homme. Juste à ses méthodes et à son bilan. On ne l'a pas insulté. Il aurait donc pu chercher à s'expliquer, sans forcément nous convaincre bien sûr. Il aurait aussi pu nous ignorer. Mais vu qu'il y avait du monde, c'était difficile de s'imaginer qu'il s'abaisserait à ça. J'étais déjà au match amical en Savoie où les MTP étaient venus nous menacer pour qu'on retire une banderole, et là encore c'était la présence de témoins qui nous avait sauvés... Les évènements de Guingamp et du Stade de France, où Kita et ses proches avaient carrément agressé des supporters nantais, auraient du nous mettre en garde. Il y a aussi bien sûr les menaces de Christian Larièpe et de Gilles Favard aux journalistes nantais dont on a tous entendu parler sur Nantes... Je regrette vraiment qu'on se soit séparé à plusieurs reprises car ça ne serait sûrement pas arrivé si on était resté ensemble. Et moi, contrairement à mes amis, même si je comprends vraiment leurs raisons, je n'aurais pas hésité à porter plainte si je m'étais fait agressé. Quelles qu'en soient les conséquences, le prix, la longueur des procédures et les problèmes que ça aurait pu me causer au travail, dans ma vie privée ou ailleurs.

Quelle attitude espères-tu à l'avenir de la part des supporters nantais qui sont, comme toi, contre la politique menée par Waldemar Kita ? Penses-tu que cet évènement risque de se reproduire ?

J'aurais pensé, après la médiatisation des précédents incidents, que Waldemar Kita saurait garder son sang froid face aux supporters. Surtout que s'énerver pour si peu, c'est assez grave... Mais visiblement, ça ne lui a pas servi de leçon... Alors oui, peut être que ça pourra se reproduire. J'espère que ça ne sera pas plus grave la prochaine fois et qu'il n'y aura pas de blessé. Concernant l'attitude à adopter, je pense qu'il faut continuer de dire à M. Kita ses quatre vérités en face à chaque fois qu'on le croise, mais sans céder aux provocations de l'équipe dirigeante. Car là, j'en suis convaincu, le but c'était bien de nous intimider, sans forcément nous amocher, on est d'accord... mais aussi selon moi, de nous provoquer pour qu'on réponde physiquement et ainsi ajouter de l'eau à leur moulin. Ce qui me fait dire ça, c'est que lorsque la deuxième mi-temps a repris, Waldemar Kita m'a clairement dit depuis le bord du terrain : "Je vais te trainer au tribunal !". Alors que du début à la fin j'étais resté en tribune sans rien faire... Il n'attend que ça ! C'est tellement facile le cliché du méchant supporter, alcoolique, raciste et violent. C'est pour ça que je suis soulagé que ni Yvan ni Manu n'aient été violents en réponse à ces agressions. Ça aurait pourtant été humain...
 
Es-tu surpris que Waldemar Kita ait porté plainte, alors qu'il est visiblement l'agresseur ?

Bien sûr que c'est l'agresseur ! Mais je serais surpris qu'il porte réellement plainte. Il dit qu'il va le faire à chaque fois... mais bien sûr il n'en fait rien. C'est du vent, de la gesticulation... histoire de mettre en place un écran de fumée. Pour les incidents de Canet, je suis certain qu'il ne portera pas plainte. Il prendrait trop de risques, car la vérité pourrait éclater au grand jour. Il tient tellement à son image qu'il a trop peur de montrer qui il est vraiment...

(1) Prénom d'emprunt
(2) En référence à la rumeur du rachat d'un club polonais : http://www.nantes.maville.com/sport/fc-nantes-detail_-Rachat-d-un-club-polonais-Kita-dement_37314-1197621_actu.Htm
Par Rendez nous le F.C.N. ! - Publié dans : Matchs
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